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Demandez le programme : Emmanuel Macron

Portrait de Anti-marionnettiste

On sait qu’Emmanuel Macron a participé au petit théâtre que sa future épouse, Brigitte Trogneux, animait en sa qualité de professeur de français en classe de première au lycée La Providence d’Amiens dont il était élève. Participation qui certainement le marqua profondément ; on ne peut ainsi manquer de rapprocher ce cliché de l’apprenti comédien :

Emmanuel Macron au théâtre de Brigitte Trogneux, classe de 1e, Lycée La Providence à Amiens.

de cet autre où le prétendant à la présidence de la République, dans une posture similaire et coutumière, messianiste, bras en croix, les yeux tournés vers le ciel, semble invoquer la Providence sous le regard perplexe de son auditoire :

Emmanuel Macron en campagne à Bordeaux pour les élections présidentielles 2017.

Aussi ne faut-il pas s'étonner que les propos du candidat suscitent un sentiment de comédie :

au point qu'on les retrouve rétrospectivement dans le one-man-show d'un humoriste confirmé :

ou bien qu'ils rappellent un film comique culte :

 

On connaît la formule de Jules Renard : « Le théâtre n'est qu'un jeu qui se donne des airs de vie ». Elle colle fort bien au personnage de Macron (oui, personnage, c’est ici le paradoxe du comédien qu’il faut avoir à l’esprit) que l’acteur habite et, qui, c’est là la clé de l’illusionnisme théâtral, finit par habiter le comédien en sorte qu’il peut parfois donner l'impression qu'il est son personnage :

 

Attali, son mentor, l’avait naguère déclaré à Challenges : « Du vide. Du vide de la politique française. Il n'incarne que le vide, Emmanuel Macron a un talent fou. Je l'ai repéré tout de suite, présenté au candidat Hollande, je l'accompagne toujours, je lui ai d'ailleurs dit ce que je pensais. Si seulement, il se saisissait d'un programme… ». Malheureusement pour lui, le piètre programme dont l’acteur qui sent le sable chaud s’est saisi (ou plutôt dont on l'a saisi et dont il ne comprend pas toujours le propos) n’a pas rempli le vide.

Disons-le tout net : le programme de Macron est creux comme une citerne. Il résonne bien de multiples propositions démagogiques (dont bon nombre sont déjà en vigueur ou en passe de l’être) qui lui donne l’apparence d’être la réponse à tous les problèmes des Français, (comme du reste les programmes de la plupart des candidats, à l’exception peut-être de celui de Fillon qui est franchement un plan de guerre de classe), mais sur le fond, sur l’essentiel, rien, le vide.  Et ce vide est bien entendu l’absence de toute question, de toute réflexion et de toute proposition portant sur le principe de la situation intenable du peuple français comme de tous les peuples du monde, c’est-à-dire la domination du capital, de la finance en particulier. Remarquons que dans son programme E. Macron ne parle jamais de la banque d’où pourtant il provient. La seule occurrence du terme concerne la création d’une banque de données numériques ! En revanche, il nous entreprend un peu en banquier quand il nous fait l’article sous l’invocation récurrente de la confiance (8 occurrences : Macron ou la confiance près de chez vous !) sans nous en donner la moindre preuve.

C’est là ce qu’a mis en lumière Denis Robert, journaliste d'investigation spécialiste de la finance offshore, lors de son intervention surprise dans l'émission politique animée par Yaël Goosz sur France Info le samedi matin. Le 1er avril l'invité de l'émission était François Patriat, tranfuge du PS vers "En Marche". Denis Robert l'interroge sur deux lignes du programme de Macron qui mettent en regard l'alourdissement des sanctions contre la fraude fiscale, d'une part, et l'amplification de la fraude aux prestations sociales, de l'autre. Or, remarque d'abord Denis Robert, ce parallèle, typiquement de droite, voire d'extrême droite, ne correspond pas aux chiffres (respectivement 80 milliards € vs 260 millions €). Or, ajoute le journaliste, on ne trouve dans le programme de "En Marche" aucune indication de mesure de contrôle du système bancaire ni de lutte contre l'évasion fiscale. D'où sa question : Que fera donc concrètement E. Macron à cet égard s'il est élu?

  Extrait du programme d'Emmanuel Macron concernant la fraude.

La réponse de François Patriat est d'abord dilatoire puis carrément creuse :

Qui est Macron? La marionnette du capital chargée d'accélérer la dissolution des rapports sociaux du XXe siècle dont, de façon centrale, les rapports de production. Macron, accélérateur de l'évolution du capitalisme sous les coups de boutoir de la mutation des forces productives, n'a bien entendu pas pour mission de renverser les rapports de propriété au profit des exploités, mais à grande vitesse (cela devient urgent pour le capital après l'atermoiement des derniers quinquennats) d'adapter leurs conditions de travail aux exigences du marché mondial en les "libérant" de leurs freins, des limitations sociales obtenues de longue lutte par le prolétariat depuis les années 30. Certes, Macron n'est pas le seul candidat à cette fonction ; Fillon et Le Pen, bien que selon des modalités différentes, sont également sur les rangs. Cependant, Macron à l'avantage de tenir un discours plein du vent de l'espérance dont la virginité et la douceur apparentes jointes à une forme d'apoliticité transpartisane consensualiste et pragmatiste séduisent les plus jeunes et les plus désabusés, les laissés-pour-compte des dernières décennies. En dépit de cette apparente bénignité, la révolution façon Macron est à prendre très au sérieux ; elle est cette révolution que décrivait Marx comme le moteur du capitalisme :

«La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les rapports de production, c'est-à-dire l'ensemble des rapports sociaux. Le maintien sans changement de l'ancien mode de production était, au contraire, pour toutes les classes industrielles antérieures, la condition première de leur existence. Ce bouleversement continuel de la production, ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. Tous les rapports sociaux, figés et couverts de rouille, avec leur cortège de conceptions et d'idées antiques et vénérables, se dissolvent; ceux qui les remplacent vieillissent avant d'avoir pu s'ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s'en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés enfin d'envisager leurs conditions d'existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés.» (Marx, Le manifeste du Parti comunniste, 1847)

La modernité apparente de Macron s'exprime notamment dans son refus des fausses alternatives qui scandent l'alternance au pouvoir (non moins fausse) depuis 1981 : rigueur ou relance, offre ou demande... et finalement gauche ou droite où s'enlisent les discours de ses concurrents, y compris Jean-Luc Mélenchon nostalgique de la relance par la consommation. Mais ne nous y trompons pas, le candidat Macron, avec ses incohérences et ses traîtrises, est bien à droite. On doit à François Malaussena Une lecture détaillée et pédagogique du programme d'Emmanuel Macron qui le montre précisément. A bon entendeur...

Commentaires

Portrait de Spectator

Selon Natacha Polony, Macron est un truc idéologiquement vide

comme un vent d'espérance... mais rempli par les forces financières.