Cet ouvrage de 443 pages regroupe les actes d’un colloque franco-péruvien qui s’est tenu en 1991 aux Collège International de Philosophie et aux Universités de Strasbourg et de Toulouse.  Publié aux Presses Universitaires du Mirail, cevolume est composé de 21 conférences réparties en quatre sections : Ouverture, Approches classiques, Psychanalyses, Questions transversales. La richesse et la diversité des approches rendent bien entendu difficiles une recension exhaustive. Toutefois, il est possible de cerner quelques-uns des principaux enjeux : d’une part la volonté de croiser les approches philosophiques et psychanalytiques, d’autre part l’ambition d’établir la consistance de la notion d’analyse. Pourtant, celle-ci est-elle autre chose qu’un thème fourre-tout, qu’un concept-valise ? La pluralité des discours [d’Aristote à Hegel, de Husserl à Heidegger, de Descartes à Kant, de Leibniz à Russell], des pratiques [scientifiques, philosophiques, psychanalytiques] et des traditions [continentales et analytiques] rend, bien entendu, une telle entreprise périlleuse. Le titre même énonce une aporie : la notion d’analyse est-elle simplement univoque ? Pourtant, comme le note Jacques Derrida « pluraliser [une notion], c’est toujours se donner une issue de secours jusqu’au moment où c’est le pluriel qui vous tue »[2]. Cette difficulté principielle conduit à poser un double problème. D’une part, quel lien existe-t-il entre les diverses figures philosophiques de l’analyse [Aristote, Bergson, Husserl, Russell, etc.] ? D’autres part, quel rapport y a-t-il entre l’analyse des modernes [Descartes, Leibniz, Kant] et les diverses formes de psychanalyse [freudiennes, lacaniennes, phénoménologiques] ? La psychanalyse est-elle du côté de l’interprétation et de l’herméneutique ? Ou bien, est-elle à rapprocher du paradigme classique de la resolutio ? Comme l’écrit Jacques Derrida, « on serait tenté de penser que l’événement de la psychanalyse a été l’avènement, sous le même nom, d’un autre concept de l’analyse »[3].

Face à ces considérables difficultés, l’unité d’une méthode s’esquisse : celle d’une déconstruction de la notion d’analyse. Pourtant, si analyser consiste essentiellement à délier et à dénouer, la déconstruction elle-même n’est-elle pas en dernière instance l’ultime métamorphose de la méthode analytique ? Bref, la notion d’analyse se laisse-t-elle analyser ? N’offre-t-elle pas ce singulier spectacle de résister elle-même aux tentatives d’analyse ? »

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[1]Granel, G., Rigal, É., éds.[1992], Actes du Colloque franco-péruvien « La notion d’analyse », Paris-Strasbourg-Toulouse, 30 octobre-6 novembre 1991, Presses Universitaires du Mirail, p. 39.

[2] Ibid., p. 58.

[3] Ibid., p. 52.