Le jeu des différences entre le FN et le NSDAP

Soumis par Fabien Grandjean le dim, 2011-05-01 08:34

Collage Politproductions de l'affiche de Hein Neuner (1939), légendée "Jugend dient dem Führer", d'une part, et, d'autre part, de sa copie par le réseau France Nationaliste destinée à promouvoir la jeunesse de France.

Si vous vous ennuyez ce premier mai, ou si vous vous angoissez, vous pouvez toujours tenter de vous divertir en cherchant d'éventuelles différences entre ces deux affiches : la première (de Hein Neuner, 1939), légendée Jugend dient dem Führer, La jeunesse sert Le Führer, appartient à la propagande des Jeunesses hitlériennes, la seconde promeut la jeunesse nationaliste de France (elle est téléchargeable sur le blog de France Nationaliste Comme on peut le constater aujourd'hui, 8 juin 2013, la page a disparu avec le blog, dont Politproductions conserve cependant les traces dans ses archives. En revanche, le portail du compte Facebook de France nationaliste exhibe encore l'affiche... Voir ici - portail également expurgé de son affiche, selon ce que nous constatons ce 30 mars 2015, mais que l'on peut retrouver tel qu'à l'origine dans cette vidéo de Politproductions - Compléments d'information de Politproductions).

Mais vous serez sans doute arrêtés par la troublante ressemblance entre l’adolescent représenté sur l’affiche des Jeunesses hitlériennes et celui qui figure sur l’affiche de France Nationaliste. En réalité, c’est le même.

Complément d'information (modification du 26 juin 2012; cf. infra le commentaire de mk):

« Pour faire la photo » le graphiste ne s’est pourtant pas inspiré du Prince Eric de Serge Dalens, même si ce dernier a été un membre actif du FN ! Au lieu de copier-coller, on sélectionne, rogne, agrandit le visage de l'adolescent. L’affiche de France Nationaliste est une capture, une partie d’un tout. Reste le fond… Apparaît en détail « le visage d'Hitler lui-même ». Il suffit de repérer l’effet du zoom. Ce que révèle, de haut en bas à droite, le cadrage sélectionné - cerne, pommette, ride et menton - c’est le document utilisé, le tout, qui, même tronqué, persiste dans la partie. Le graphiste a bel et bien utilisé l’affiche de propagande nazie de Hein Neuner, mais Thierry Maillard ne savait pas « à partir de quoi il avait fait la photo... » qui s’adresse aussi à la jeunesse ! Pas plus que le cadrage, l’habillage ne masque rien ni l’origine du visage capturé ni le fond…

Cette identification indique la difficulté que Marine Le Pen devrait rencontrer pour nous faire oublier le « patrimoine » et l’identité du parti que papa lui a transmis. Le Réseau France Nationaliste est l’une des formations fondées par le responsable de la section du Front national de Reims, Thierry Maillard. En janvier 2006 le FNJ (Front national de la jeunesse) annonçait sur son forum que France Nationaliste, « qui regroupe des dizaines d’associations, groupes et clubs nationalistes français (FNUC, GAN, GNR…) sur l’ensemble du territoire national, [venait] de conclure son ralliement à l’Union des patriotes autour de Jean-Marie Le Pen, candidat à l’élection présidentielle de 2007 ». En mai 2006 le Manifeste de France nationaliste réaffirmait cette alliance (nous avons saisi en rouge certains passages). En décembre 2010 Marine Le Pen était à Reims la star d'un apéritif franchouillard réunissant des marinistes dont Maillard, candidat FN aux cantonales.

Si donc elle veut faire le ménage dans son parti, Marine Le Pen doit en bonne logique commencer par elle-même. C’est du reste ce qu’elle fait puisque le ménage ici ne consiste qu’à masquer l'ordure et à silencier l'insoutenable pour « n’effrayer, n’irriter personne », tandis que le peuple, lui, se pervertit de façon de plus en plus ouverte et bruyante. Les ordres ont sans doute été donnés pour cette mascarade. « Que les militants se tiennent prêts », déclarait le père lors du 1er mai 1990, puis provoquant l’acclamation de la foule : « j’appelle, en même temps qu’à la vigilance et à l’action, j’appelle à la discipline nationale tous nos militants qui, si besoin était, recevraient les ordres que leurs dirigeants leur donneraient ». Consulter cette archive de l'INA, à 1' 27":

Le chef suprême a peut-être changé, pas le Führerprinzip.

Que la fille Le Pen cesse donc de faire la sainte-nitouche, comme font mine de le réclamer son père ou Gollnisch lorsqu’ils lui reprochent d’avoir exclu un militant pour un salut nazi « blagueur » devant le panneau d’agglomération de Vichy. Le problème est loin d'être isolé. Il n'est pas dû à tel frontiste, en l'occurrence ce candidat aux cantonales en Moselle, qui se serait laissé aller à un jeu de mauvais goût. Tous ceux qui ont vécu les débuts du renouveau du FN dans les années 80 (on ne remerciera jamais assez François Mitterrand) ont souvenir de ce que lors de ses meetings Le Pen était accompagné d’une nuée de crânes rasés brandissant un poing qui s’ouvrait en salut fasciste. La pratique perdure comme en témoigne cette photo prise lors d'une contre-manifestation intégriste anti-Kiss-in à Lyon en mai 2010, devant la Cathédrale Saint-Jean... (voir le reportage de TLM)

Militants d'extrême droite ouvrant leurs poings tendus en saluts fascistes sporadiques lors d'une contre-manifestation intégriste anti-Kiss-in à Lyon en mai 2010, devant la Cathédrale Saint-Jean..

(Cliquer sur l'image pour l'agrandir)

Ce salut sporadique est un symbole fort ; il exprime la stratégie de tous les partis d’extrême droite, à commencer par celui d’Hitler. Le racolage éhonté des couches laborieuses en souffrance (auquel se livre aujourd’hui la fille de Le Pen qui, lui, se présentait plutôt comme économiquement libéral et absurdement anticapitaliste), la reprise radicalisée du thème de la lutte anticapitaliste à une gauche avachie dans la social-démocratie libérale ont été les leviers de la montée au pouvoir de Mussolini et de Hitler, le levain de l’illusion populiste.

Cependant, que des gens que l’on pouvait croire cultivés, tel Gilbert Collard, puissent envisager de se rallier au FN laisse pantois, qu’ils se laissent abuser par sa récente volte-face démocratique et républicaine est à peine crédible (écouter en bas de page les déclarations de l’avocat qui devait participer le 30 avril à Paris à une réunion des cadres du Front National et qui est joint la veille au téléphone par Jérôme Florin pour RTL). Cet « avocat à deux balles », comme le surnommaient les Guignols, qui aujourd'hui récupère Socrate au profit du FN, aurait-il été aveuglé par la perspective des honoraires que pourrait lui rapporter demain la défense tous azimuts des frontistes en quête de respectabilité? Ou bien son ralliement obéit-il à des mobiles plus profonds?

Rappelons-nous qu’Hitler n’était pas seulement entouré de paumés pervers et de repris de justice, mais qu’il fut également soutenu, du moins au début, par une partie de l’intelligentsia ainsi que le rappelle Hannah Arendt dans Les Origines du totalitarisme. Elle explique en partie ce soutien par le ressentiment de « l’élite » à l’égard de la bourgeoisie, par le désir de se révolter contre son ignorance de l'unité populaire et son instrumentalisation du Bien public à des fins privées, et par le plaisir de percer à jour l’hypocrisie de la morale bourgeoise en acceptant les critères cruels de la populace méprisée mais dénuée d'arrière-pensée. Arendt rappelle l’accueil triomphal réservé par l’Allemagne préhitlérienne à l’Opéra de quat’sous de Brecht qui présentait des gangsters comme de respectables hommes d’affaires, et de respectables hommes d’affaires comme des gangsters. Mutatis mutandis, on pense ici à Céline, mais également à l'antienne « Je gêne, je dérange... puisque je dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas et qu’il n’est pas convenu de dire » que Le Pen avait reprise à Xavier Vallat, borgne et antisémite lui aussi. Et on pense de nouveau à Gilbert Collard qui, dans l’interview que vous venez d’entendre, invoque son désir de liberté et de révolte face à la « douane des idées » ou qui déclarait début mars : « S’il n’y avait Marine Le Pen qui ose exprimer haut et fort le non-dit d’une France exaspérée d’être ignorée, croyez-vous qu’on s’intéresserait tout à coup à un peuple qui cherche à retrouver enfin une adresse à la poste restante de l’histoire, du mondialisme et d’une Europe déracinée? ». L’extrémisme est ici moins désiré pour lui-même (Arendt dit que ses propositions les plus absurdes n'étaient pas prises au sérieux par l’élite, tandis qu’aujourd’hui, entendons-nous, elle les croit bien à tort irréalisables en raison des leçons de l’Histoire) que pour sa révélation crue et cruelle des vérités dissimulées par l’hypocrite clair-obscur d’une morale humanitaire et d’une politique libérale.[1]

Toutefois, on ne doit pas oublier, rappelle Arendt, que l’intelligentsia fut balayée avant même que le nazisme (entre autres régimes totalitaires) passe à ses crimes les plus monstrueux. « L’initiative intellectuelle, spirituelle et artistique est aussi dangereuse pour le totalitarisme que l’initiative criminelle de la population, et l’une et l’autre sont plus dangereuses que la simple opposition politique. La persécution systématique de toutes les formes supérieures d’activité intellectuelle par les nouveaux dirigeants de masse a des raison plus profondes que le ressentiment naturel pour tout ce qu’ils peuvent comprendre. La domination totale ne tolère la libre initiative dans aucun domaine de l’existence ; elle ne tolère aucune activité qui ne soit pas entièrement prévisible. Le totalitarisme, une fois au pouvoir, remplace invariablement tous les vrais talents, quelles que soient leurs sympathies, par ces illuminés et ces imbéciles dont le manque d’intelligence et de créativité reste la meilleure garantie de leur loyauté » (Les Origines du totalitarisme, Troisième partie, X, II. L’alliance provisoire entre la populace et l’élite, Quarto Gallimard, 2002, rééd. 2005, p. 654-5).

Enfin, afin que l’on mesure quel potentiel recèle l’apparence « convenable » dont se parent les partis d’extrême droite dans leur montée vers le pouvoir, donnons la parole, une fois n’est pas coutume, à Trotsky. En décembre 1933 il analyse la stratégie nazie qui consista à « n’effrayer..., à n’irriter personne, mais au contraire à ouvrir grand les bras » (et dont les Français firent l’expérience directe au début de l’Occupation), au moment même où Hitler l'infléchit en quittant la S.D.N. après y avoir déclaré son amour inconditionnel pour la paix.

« Léon Trotsky. Article publié dans "La Vérité", 8 décembre 1933

Hitler veut la paix… 23 novembre 1933

Ses discours et ses interviews sur ce thème sont bâtis selon une vieille formule : la guerre est incapable de résoudre une seule question, la guerre menace d'extermination les races supérieures, la guerre provoque la ruine de la civilisation. L'argumentation classique des pacifistes pendant des centaines d'années ! D'autant plus réconfortant se trouve être le fait que le chancelier du Reich a déjà réussi à convaincre plusieurs journalistes étrangers de son absolue sincérité. Il est vrai qu'un autre pacifiste, dont la sincérité n'est pas sujette au moindre soupçon, Carl Ossietzky, peut demander pourquoi il continue à rester dans un camp de concentration, si le chef du gouvernement actuel applique avec zèle, sinon avec beaucoup de talent, son thème fondamental. Mais Ossietzky a été emprisonné précisément pour qu'il ne puisse pas poser de questions embarrassantes.

Les arguments de Hitler ne sont convaincants que dans la mesure où ils ont du volume. Tous les ministres, tous les orateurs, tous les journalistes jurent que le IIIe Reich a été créé pour réaliser la fraternité des peuples. Si toute l'Allemagne national-socialiste est en train d'apprendre le maniement des armes, c'est afin de mieux s'imprégner de haine contre elles. » Pour lire la suite consulter ou télécharger ce pdf.

[1] On trouvera chez Gérard Granel une analyse fondamentale des rapports entre populaire et populisme dans « La guerre de Sécession », Écrits logiques et politiques, Galilée, 1990, p. 341-382. Cf. également « Les années trente sont devant nous », Études, Galilée, 1995, p. 67-89.

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Gilbert Collard joint au téléphone par Jérôme Florin pour RTL (le 29.04.2011) :

Commentaire(s)

Thierry Maillard, jugé pour trafic d'armes, condamné à deux ans de prison ferme

L.L. avec AFP - Publié le 08/11/2016 sur le site http://france3-regions.francetvinfo.fr

Thierry Maillard comparaissait ce mardi pour commerce illicite d'armes devant le tribunal correctionnel de Reims. L'ex-leader du FN rémois a été condamné à deux ans de prison ferme avec mandat de dépôt.

Après une arrivée fracassante, le 10 mai dernier, au tribunal correctionnel de Reims, Thierry Maillard s'est retrouvé, une nouvelle fois, face à la justice. Le président du groupuscule "Reims fait front" est accusé de trafic d'armes

Il est poursuivi des délits de commerce, acquisition, détention, transport et cession d’armes diverses. L'ex-militant frontiste qui tient un magasin d'antiquités parle, lui, d'une "importante collection".

Lors de la première audience, l'affaire avait été renvoyée pour permettre d'effectuer une expertise balistique.

Le tribunal a rendu son délibéré peu avant 22h30 ce mardi. Il a condamné Thierry Maillard à 24 mois de prison ferme. La condamnation étant assortie d'un mandat de dépôt, Thierry Maillard est sorti menotté en criant "Vive la France, à bas la République !" 

Un trafic "relativement massif"

Cette sentence est plus clémente que les réquisitions du procureur qui demandait une peine de 2 ans et demi à l'encontre de Thierry Maillard, ex-candidat FN aux élections cantonales en 2011 qui a quitté le parti depuis.

"Nous ne sommes plus dans le cadre d'une simple collection et il est difficile de contester qu'il s'agit bien d'une vente d'armes", a estimé Jean-Pascal Arlaux, le procureur adjoint. Le trafic ne fait "pas du tout de doute" et présente un caractère "relativement massif", a ajouté le représentant du ministère public.

Les deux autres prévenus, Maxime Moulun, cafetier à Reims, et Vincent Tilliole, candidat FN aux élections cantonales de 2008, ont été condamnés respectivement à 10 et 12 mois avec sursis et l'interdiction de détenir une arme pendant 10 ans. Ils étaient accusés d'avoir stocké des armes à la demande de Thierry Maillard.

Le procureur requiert 30 mois de prison ferme pour Thierry Maillard, jugé pour trafic d'armes

Thierry Maillard comparaissait ce mardi pour commerce illicite d'armes devant le tribunal correctionnel de Reims. L'ex-leader du FN rémois se présente comme un collectionneur et non un trafiquant. Le procureur a requis une peine de 30 mois de prison ferme à son encontre.  -  France 3 Champagne-Ardenne  -  Clément MEUNIER / Philippe COCQUEMPOT / Véronique BRICE

Rappel des faits

Le 15 juin 2015, six personnes, dont l'ancien militant du Front National à Reims Thierry Maillard, ont été interpellées et placées en garde à vue dans une affaire de trafic d'armes présumée.

Les 6 hommes, originaires de l'Aisne, des Ardennes et de la Marne ont été placés en garde à vue. Parmi eux, Vincent Tilliole qui partageait la liste de dissidence FN "Reims fait front" de Thierry Maillard mais aussi le patron d'une brasserie faisant face à l'église Saint-Rémi de Reims. Un viticulteur de la Montagne de Reims fait également partie des gardés à vue.

C'est donc dans le cadre d'une opération de la Police Judiciaire de Reims, qu'une quarantaine d'armes ont été saisies chez les six individus, dont des armes de collection, des fusils de chasse, des fusils à pompe, des pistolets automatiques et autres armes de gros calibre. Plusieurs milliers de cartouches ont aussi été saisies. Certaines armes étaient même cachées dans de faux livres.

Ces armes été destinées à être vendues à des particuliers. C'est la boutique tenue par Thierry Maillard qui aurait servi de plaque tournante. Le trafic présumé aurait duré pendant 1 an.